- Marine ...
Ce murmure ... je le connais, je l'ai entendu des milliers de fois. Et il me rassure. Une sensation d'humidité m'enveloppe, j'essaye de bouger mais une douleur intense dans mon dos m'en empêche. J'ouvre les yeux. Il fait complètement nuit, et je distingue à quelques mètres de moi, une lumière très vive. Que ce passe t-il ?
- Marine ... Où es-tu ?
Je tourne doucement ma tête vers la droite. Tu es là, étendu sur le coté, le visage couvert de boue et de sang. Je rampe tant bien que mal vers toi, l'homme que j'aime, et colle mon visage contre ta poitrine. Ton c½ur bat lentement, bien trop lentement pour une situation aussi angoissante. Je passe ma main sur ton visage et te regarde dans les yeux. Ta peau est glacée, comme si la mort s'était déjà emparée de toi. Tes yeux sont vitreux, mais je les vois encore un peu briller, comme quand tu me dis « je t'aime ».
- Mademoiselle ? Jeune homme ?
Une femme se penche vers nous. Je lève les yeux dans sa direction, et je réalise à ce moment que mes joues sont inondées de larmes.
- Les secours vont bientôt arrivé, vous avez étés renversés par une voiture, mais pour le moment on ne peut rien faire. Les pompiers nous ont dit de ne pas vous touchés. Ne vous inquiétez pas, ils devraient bientôt arrivés.
Je repose ma tête contre toi, indifférentes aux paroles de cette femme, aux personnes qui nous regardent de loin avec un air effaré, aux fait que nous sommes dans ce caniveau plein d'eau et de boue. Je ne vois que toi, qui va si mal, et que j'ai l'impression de perdre. Je sens quelques chose couler le long de ma jambe. Je me relève légèrement pour regarder. Et je vois la tienne, de jambe, ensanglantée, tordue, coupée, tailladée. Je ne la regarde que quelques secondes, me recouche, avant d'être secouée de haut-le-c½ur incessants.
- Marine ... tu es toute blanche ...
Je te regarde à nouveau, et repense à ta jambe, à toi, à ce que tu vas devenir. Je me retourne et vomis toute ma peur. J'éclate en sanglot, comme si je ne pourrais plus jamais m'arrêter. Je ne sais pas comment, mais tu réussis à m'enlacer. La fermeté de ton bras sur mon ventre et ma poitrine me calme quelque peu. Une sirène rompt le silence pesant de la nuit et des témoins de notre accident.
A ce moment tout s'enchaîne. Les pompiers nous attrapent, nous séparent, et nous mettent dans des camions différents. Je me retrouve allongée sur ce brancard, sans toi, avec des pompiers peu à l'écoute autour de moi. Est-ce qu'il va bien ? Aucune réponse. Il ne va pas mourir quand même ? Toujours rien. Je me tais, et regarde les étoiles par la vitre au plafond. Quand on passe dans des villes, je peux voir les lumières des lampadaires. Tout semble si calme dehors. Pourquoi est-ce que dans ma tête tout est si agité alors ?
Arrivée à l'hôpital. Où es-tu ? Ils me conduisent aux urgences, mais toujours aucune trace de toi.
- Marine ... Je t'aime ...
Je tourne la tête sur la gauche, tu es là, sur un lit. Mais tu t'immobilises. Ta poitrine ne bouge plus. Les médecins ferme tes yeux ...
Ce jour là, j'ai perdu la personne que j'aimais le plus au monde. Mon fiancée. Ce soir d'été où nous nous promenions au bord d'une route au alentour de minuit, une voiture nous a renversé. Il n'a pas survécu, il avait perdu beaucoup trop de sang par ses jambes sectionnées. Moi je n'ai presque rien eu, si ce n'est le choc terrible et insurmontable de l'avoir perdu.